Retrouvailles: amantes ou amies?

Lesbionyx

Par Une Kényane Anonyme

For the English version click here

Samedi, le 20 Août

Ca va faire un peu plus d’un an et demi depuis notre dernière rencontre. Shani adorait les tête-à-tête tôt le matin. Alors pour nos « premières » retrouvailles, nous avions prévu de prendre le petit-déjeuner ensemble. Toute excitée et un peu impatiente, je m’étais retrouvée au Kona Café à 8h30.

Le climat était assez doux ce matin-là et j’avais porté un haut blanc, une paire de skinny jeans blancs (il donnait un look superbe à mes fesses) et mes chaussures en cuir préférées. Je portais également des boucles en or aux oreilles, un collier en or et bien sur, du rouge aux lèvres. Les mèches blondes et noires de ma longue chevelure étaient attachées en une queue de cheval qui mettait en valeur mes belles boucles Africaines.

J’optai pour une table à l’extérieur pour profiter de la vue sur la ville, puis je sortis mon roman. Trois pages plus tard, mon téléphone sonna. C’était un message de Shani:

Elle: Je m’apprête à quitter la maison. Tu es où ?

Moi : Je suis au Kona 

Elle: Ok. J’ai hâte de te voir ! 

Moi : Alors dépêche-toi 

Elle: ??

Je souriais comme une idiote en face de mon téléphone. Ça y est ! J’allais vraiment la revoir! Je fis un petit tour aux toilettes. En me regardant dans la glace, j’essayais de m’apaiser avec des mots d’encouragement.

« Calme-toi Amara…détend-toi»

Je m’empressai de retourner à ma table et quelques minutes plus tard, je la vis entrer dans le café. Elle était plus belle que jamais et était également habillée en blanc. Une petite robe blanche. Celle-ci mettait en valeur ses belles jambes galbées. J’aimais bien quand elle portait des vêtements courts. Ses locks étaient d’une couleur argentée et bien que j’eus déjà vu des photos de ses cheveux, ils étaient encore plus beaux en personne.

Le serveur la guida vers notre table et je me levai dès qu’elle fut assez proche. Nous ne tardions pas à nous enlacer. Après tant de temps loin l’une de l’autre, l’intensité de cette étreinte avait quelque chose de surréaliste. Je pouvais sentir son parfum. Il n’y a rien de tel que l’odeur de quelqu’un qu’on aime. A la sentir si près de moi, mon cœur se mit à battre la chamade et mes yeux se remplirent de larmes. Après maintes embrassades, nous nous installâmes sur le canapé l’une à côté de l’autre. Cela faisait tellement de bien de l’avoir tout près de moi, comme une pièce de puzzle perdue que je retrouvais enfin.

Le fait que nous étions toutes les deux habillées en blanc nous avait beaucoup fait rire et nous nous rappelâmes de toutes les fois où de telles coïncidences s’étaient produites. Nous avions pour habitude de les mettre sur le compte de la télépathie qui existait entre nous. Nous nous décidions à commander le menu petit-déj en espérant qu’il serait aussi bon que dans nos souvenirs.

Nous venions souvent au Kona lorsque nous étions toutes les deux en ville. Shani avait un faible pour le menu petit-déj et je ne mangeais habituellement que la moitié de ma portion. Elle essayait généralement de me faire manger plus, mais je me plaignais toujours d’avoir déjà trop mangé alors elle finissait par terminer mon assiette.

Une fois que le serveur s’éloigna de notre table, nous échangeâmes un sourire et elle prit ma main dans la sienne. Pendant qu’elle s’amusait avec mes doigts, nous discutâmes du fait que nous étions toutes les deux de retour au pays.

C’était comme si nous ne nous étions jamais quittées. Tout était comme avant. Je me remémorai les trajets en voiture que nous faisions ensemble et la manière dont je conduisais, une main toujours dans la sienne, ne retirant celle-ci que lorsque je devais prendre un virage ou faire quelque chose qui nécessitait l’usage de mes deux mains. Je me souvins de comment nous entrions dans les magasins, main dans la main ; de comment nous nous tenions au cinéma, toujours entrelacées.

Nous parlâmes également de nos cheveux. Pendant qu’elle parlait du fait qu’elle pensait  à teindre ses locks, je me souvins de lorsque celles-ci étaient blondes et plus courtes. Je les aimais bien à l’époque. Je me souviens plus particulièrement de la façon dont je m’accrochais à ses locks lorsqu’elle me dévorait la chatte. Et de comment j’aimais lorsqu’elle montait sur moi et que ses locks tombaient en cascade, nous recouvrant toutes les deux, et de comment elle les dégageait de son visage.

Le serveur apporta nos boissons, me ramenant immédiatement à la réalité. Je m’agitai sur le canapé, et rapprochai mes jambes des siennes. Je bus presque la moitié de mon verre de jus en l’écoutant.

Nous n’avions vraiment rien de nouveau à nous raconter puisque nous avions gardé le contact. Nous nous en tenions donc aux banalités. Shani était de retour depuis bientôt 6 mois maintenant et elle dirigeait sa propre entreprise à partir de chez elle. Je n’étais de retour que depuis 6 jours et étais à la recherche d’un appartement. Depuis que j’étais rentrée, je dormais chez une tante où je partageais une chambre avec ma cousine de 16 ans, Tamara, et vivais pratiquement dans mes valises.

Trouver l’appartement idéal s’était avéré un peu compliqué et Shani avait proposé de m’aider à chercher. Elle avait même suggéré que je reste chez elle le temps de trouver quelque chose.

Nos assiettes arrivèrent et nous engloutîmes rapidement notre nourriture pendant que Shani me mettait au fait des derniers ragots. Il y eut beaucoup de rires, mais aussi des histoires tristes. La nostalgie se lisait sur nos visages. Le temps passait toujours très vite lorsque nous étions ensemble.

Je devais rencontrer un ancien collègue à midi et avant même que je ne m’en rende compte, il était déjà l’heure et il avait appelé pour m’informer qu’il était en route. Nous réglions rapidement l’addition et quittions Kona. Shani me déposa à mon rendez-vous et avant que je ne fasse mes derniers adieux, m’avait fait promettre de réfléchir à m’installer chez elle le temps de trouver un appartement.

Je m’éloignai de sa voiture et me retournai une dernière fois avant d’entrer dans le bâtiment. Je fus surprise de voir qu’elle avait les yeux rivés sur moi. Je lui souris, consciente de ce qu’elle regardait. Je lui soufflai un baiser avant de disparaître à l’intérieur du bâtiment et quelques secondes plus tard, j’entendis sa voiture s’éloigner.

Cette nuit-là, dans la chambre rose de Tamara tapissée de posters, je m’endormis en pensant à Shani.

pour plus d’informations en français, cliquez ici

*leave a comment on the post, you can write it under a different name and your email will not be published.*

To submit to HOLAA! email submissions@holaafrica.org

avatar
Senegalese-born. Ivorian-bred. Young Feminist Queer work in progress doing this life thing. Occasional writer and translator, she enjoys the sound of the ocean, music, reading and going places. Our resident french translator.
No comments yet! You be the first to comment.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Loading...