Comment soutenir quelqu’un qui est dans une relation abusive

Pour certaines d’entre nous, les relations abusives sont très familières: soit nous en avons été victimes, soit nous en avons été témoins parce qu’un-e de nos proches en a été victime. Dans certains cas, nous avons fait l’expérience des deux situations. Quoi qu’il en soit, une relation abusive n’est jamais une situation facile à gérer.
Si vous êtes amie ou parente à quelqu’un qui se trouve dans une relation abusive, il se pourrait que vous ressentiez le besoin de faire quelque chose pour soutenir votre proche, mais sans vraiment savoir par où commencer. A HOLAA!, nous avons assemblé une liste qui pourrait être utile:

  1. Ecoutez

Plus que tout autre chose, votre amie aura besoin que vous l’écoutiez. Faites attention à ce qu’elle dit et même à ce qu’elle ne dit pas. N’essayez pas de résoudre quoi que ce soit. Ecoutez, tout simplement. Si votre amie parle de l’abus, c’est un grand pas en avant et il y a de fortes chances qu’elle soit en train de rassembler tout le courage qu’elle possède et de lutter contre toute la honte qu’elle ressent pour pouvoir vous parler de sa situation.
Honorez cet acte de vulnérabilité en l’écoutant et en prêtant attention. Votre amie pourrait également juste avoir besoin de s’entendre. Cela pourrait en effet l’aider à admettre qu’elle vit une relation abusive. Il se pourrait que vous ayez cette conversation plus d’une fois. Considérez chacune de ces conversations comme un pas de plus vers sa délivrance.

  1. Renforcer son estime et rappelez-lui pourquoi elle est importante

Les relations abusives sont violentes. La partenaire abusive sciemment ou inconsciemment détruit méthodiquement sa victime. Au moment où votre amie fait appel à vous, il ne lui reste certainement que très peu d’estime de soi et d’amour propre. Cela veut également dire que sur le plan émotionnel, il ne lui reste sûrement que très peu de force pour se retirer de la situation abusive dans laquelle elle se trouve. En tant qu’amie, rappelez-lui sa valeur en évoquant ses réussites, ses qualités. Rappelez-lui à quel point elle est impressionnante et extraordinaire et qu’elle mérite quelqu’un qui puisse apprécier sa valeur.

Elle a certainement pris l’habitude de faire passer les besoins de sa partenaire avant les siens et ne se crois pas assez importante. Elle croit peut-être aussi qu’elle mérite la violence qu’elle subit. Rien de tout cela n’est vrai. Personne ne mérite de se faire maltraiter, que ce soit physiquement ou émotionnellement.

  1. N’insistez pas trop sur la séparation

Elle s’en ira quand elle sera prête et quand elle se rappellera qui elle est vraiment.

Cela demande du temps. Certaines prennent des semaines, des mois et parfois même des années avant de réaliser qu’elles se trouvent dans des relations abusives. Evidemment, nous ne voulons pas que votre amie reste dans une telle situation pendant des mois ou des années, mais ultimement, la décision doit venir d’elle. Elle est à un moment de sa vie où elle a certainement l’impression d’avoir très peu de pouvoir et de contrôle sur sa vie. Décider de s’en aller, partir, est un acte de pouvoir. Permettez-lui de s’approprier ce processus.
NB: Si les choses vont vraiment mal et que sa vie est en danger, faites de votre mieux pour intervenir.

  1. Soyez présente lors de la rupture

La rupture est l’étape la plus dure. Elle n’arrêtera pas de se poser des questions. Rassurez-la qu’elle est en train de prendre la bonne décision. Aidez-la à instaurer des limites avec son ex-partenaire. A ce stade, il est très facile pour la conjointe abusive de reprendre contrôle sur sa victime. Vous aurez peut être besoin de lui procurer un espace de sécurité ou de l’aider à trouver un lieu sûr ou elle pourra s’installer le temps que les choses se calment. Comprenez que lorsqu’il s’agit de reprendre le dessus sur leurs victimes, les personnes abusives sont sans relâche.

L’une des nôtres ici même à HOLAA! a eu à confronter son ex qui se plantait dans son lieu de travail, sa salle de sport, et la suivait même en voiture. Les choses peuvent vite mal tourner et des espaces de sécurité peuvent aider à alléger l’angoisse que votre amie pourrait ressentir après la rupture. Un changement d’environnement permettra de créer l’énergie nécessaire pour lui permettre de commencer un nouveau chapitre.

  1. Et durant les moments plus difficiles…

Les choses vont devenir plus intenses.

Préparez-vous à devoir accompagner votre amie à l’hôpital ou à la police pour présenter son cas si les choses s’empirent. Votre description des faits aidera votre amie, mais plus important encore, votre présence pourrait l’encourager à continuer à consulter un médecin et à entreprendre des poursuites judiciaires contre son bourreau. Préparez-vous aussi à devoir la soutenir durant l’acquisition d’un mandat de protection. En effet, le processus est plus émotionnellement éprouvant qu’il n’est terrifiant (en tout cas en Afrique du Sud ! On ne peut pas dire grand-chose sur les autres pays et la façon dont ils traitent les couples homosexuels). Le procès est sans doute la partie la plus douloureuse du fait d’avoir à refaire face à son bourreau. Mais avec un peu de chance, des gens, un système en place, seront à même de protéger votre amie. Et l’on ne parle pas nécessairement du système judiciaire. Une ONG, des amis, de la famille ou même un petit groupe de personnes peuvent tout aussi bien remplir ce rôle de système d’appui. Il y a de nombreuses façons de créer un tel système en dehors de la police et du système judiciaire qui, eux, peuvent parfois faillir aux victimes, et ce, même dans les pays les plus « progressifs ».

Pendant que vous soutenez votre amie, n’oubliez pas de prendre soin de vous. Parlez à quelqu’un, exprimez vos sentiments. Il y a de fortes chances que vous ayez déjà vécu une expérience similaire alors prendre soin de quelqu’un qui vit la même situation pourrait déclencher en vous des émotions négatives.

Nous vous suggérons de parler à une personne autre que celle que vous soutenez. La raison est que pour quelqu’un qui est dans une relation abusive ou qui essaye de s’en tirer, savoir que son expérience vous affecte pourrait l’accabler encore plus et la faire culpabiliser. Au moment approprié, lorsque que votre amie se sentira plus forte et plus à même d’aborder ce sujet, vous pourrez partager vos expériences avec elle.

 

Pour finir, nous vous envoyons un tas d’ondes positives et d’encouragement pour avoir pris sur vous le rôle de celle qui se préoccupe des autres et qui apporte son soutien à quelqu’un qui traverse une période aussi difficile. Nous sommes tout à fait conscientes que rien de tout cela n’est facile.

HOLAA xo

Cet article fait partie de la série #QueeringTheCloak, un grand projet qui explore les violences sexuelles, émotionnelles et physiques dans les espaces queer féminins en Afrique. Ce projet vise essentiellement à « lever le voile » de honte et de silence qui recouvre ce type de violence.

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