Sur l’importance de parler du viol au sein des communautés lesbiennes

Par NYAR Afrika

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Serait-ce la goutte d’eau qui fait déborder le vase ? Que feriez-vous si elle disait non ?

Cela fait maintenant des jours que vous vous y préparez ; textos coquins, avances subtiles çà et là… Vient enfin l’heure de passer à l’action. Vous commencez à l’embrasser, la caressez et soudainement,… elle vous répond qu’elle n’est pas prête. Elle n’en a tout simplement pas envie. Alors que faites-vous? Que faire dans une situation pareille?

Autant de questions que se posent les FSF (les femmes qui ont des rapports sexuels avec des femmes) lorsque leurs partenaires déclinent leurs avances sexuelles à la dernière minute.

Alors que certaines comprendront et respecteront la décision de leurs partenaires, allant même jusqu’à leur donner un peu d’espace, d’autres insisteront au point de coucher avec leurs partenaires sans leur consentement.

Quoi ? Coucher avec quelqu’un sans son consentement ? Ce ne serait pas du viol ? Les femmes peuvent-elles violer les femmes ? Est-ce vraiment possible ? Cela arrive t-il réellement ?

Et oui, c’est bien du viol. C’est vraiment possible. Une femme peut bel et bien en violer une autre.

Le viol d’une femme par une autre : la stimulation forcée des parties génitales d’une femme par une autre par l’utilisation des mains, le sexe oral, le tribadisme, l’utilisation d’un gode ou de tout autre objet étranger.

Lorsque l’on parle de viol, on a tendance à y associer un auteur mâle, oubliant que les femmes peuvent être aussi coupables que les hommes. On constate d’ailleurs que ce préjugé est présent sur la plupart des ressources qui traitent de cas de viols. Ceux-ci utilisent en effet des terminologies à connotations mâles telles que « s’il fait…s’il dit…s’il… », aliénant alors les victimes de viols « homosexuels ». Ceci donne aux victimes l’impression que le viol n’est pas une chose qui peut vraiment leur arriver et que c’est un problème qui ne concerne que les hétérosexuels, les forçant à ignorer l’incident, ne pas le reporter, ne pas en parler ou recourir à de l’assistance professionnelle.

Dans la communauté queer, le viol affecte la plupart d’entre nous, même si nous n’en parlons que très rarement par peur d’être stigmatisée, incomprise ou même ridiculisée.

Selon Jo Harvey Barringer, Directrice Générale de Broken Rainbow, la seule association caritative au Royaume-Uni œuvrant  en faveur des victimes de violence domestique à l’échelle nationale, un gros problème existe autour du coming-out. En effet, « comment avouez à quelqu’un que vous avez été violée ou que vous avez peur de votre partenaire lorsque personne ne sait que vous êtes gay ? »

Quel est donc l‘étendue des dégâts provoqués par les viols commis par des lesbiennes à travers le monde ?

Selon le FBI et le Département de Justice (DoJ) des Etats-Unis, trois quarts des victimes de viol nécessitent des soins médicaux après l’agression. Près de la moitié des victimes subissent des traumatismes qui ne sont pas un résultat direct du viol en tant que tel. Dans 30% des cas de viol, une arme est utilisée contre la victime.

Le DoJ et le FBI citent le viol comme le crime violent le plus commun (aux Etats-Unis, une femme est violée toutes les deux minutes). Par ailleurs, plus de la moitié des viols sont commis par des connaissances des victimes. Il pourrait s’agir d’un-e conjoint-e, un-e ami-e ou même une personne de confiance. De manière générale, un quart de tous les viols est commis par un-e partenaire intime de la victime.

Le FBI estime que seul 37% de tous les viols sont reportés à la police. La peur de représailles du/de la conjoint/e est la principale raison invoquée par les victimes.

Au Kenya, les viols commis par des lesbiennes ne sont que très rarement reportés. En effet, beaucoup appréhendent le fait de devoir décrire la situation dans laquelle elles se sont retrouvées puisque pour solliciter de l’aide, l’on doit d’abord fournir des détails sur son agresseur et, dans certains cas extrêmes, sur le type de relation que l’on entretient avec cette personne.

Signaler un viol dans la communauté lesbienne signifie devoir faire son coming-out et s’identifier en tant que lesbienne. Ceci expose la plupart des victimes au risque de se voir ridiculisé ou même d’être victime d’homophobie. Cela signifie devoir subir les questions incommodantes des autorités dont certaines répondent par « ohhh ! So we hulala na mwanamke ? » (Alors comme ça tu baises les femmes ?)

Il est encore plus dur d’obtenir de l’aide puisque dans ce pays, il est illégal pour une femme d’avoir des relations sexuelles avec d’autres femmes. L’on se retrouve facilement dans le désarrois : avec la peur de faire son coming-out, un sentiment de méfiance, d’indifférence et d’hostilité envers la police, une réticence à dénoncer les membres coupables de la communauté lesbienne, une stigmatisation venant de la communauté elle-même, et le sentiment amer que les viols de femmes commis par des femmes ne sont pas autant pris au sérieux que ceux commis par les hommes. Autant de raisons qui font que les victimes sont réticentes à l’idée de rapporter ces viols.

Le manque de conversation en ce qui concerne les violences sexuelles dans la communauté LGBT est consternant. Ce silence est issu de la honte ; cette honte associée au fait d’avoir été violée, battue ou, plus généralement, d’avoir été victime de maltraitance. En tant que communauté de femmes queer, nous devrions être soudées puisque nous représentons déjà une minorité, une minorité constamment visée à cause de notre orientation sexuelle. Alors, ce ne devrait pas être trop demander que de vouloir se sentir en sécurité parmi les siens.

Comment aborder le problème du viol des femmes au sein de la communauté lesbienne ou même bisexuelle ?

Il est important de créer un espace sûr pour les victimes. Un lieu où elles pourront être soutenues sans être jugées. Il est temps de briser le silence, de discuter de la violence qui existe au sein de la communauté queer et de trouver des solutions à ce problème. Mettons en place des forums de sensibilisation où nous informerons les membres de la communauté sur les signes avant-coureurs d’une éventuelle relation abusive, les moyens de se défendre, d’éviter de se faire manipuler, les endroits où trouver de l’aide, etc.

Offrons une oreille attentive à quiconque aurait besoin d’aide. Tendons la main à celles qui sont dans des relations abusives. Soyons vigilantes ! Soyons des gardiennes les unes pour les autres.

Travaillons ensemble et œuvrons à mettre fin au viol au sein des communautés lesbiennes.

Nyar Afrika se traduit par Fille de l’Afrique. Nyar est une écrivaine queer non-conformiste originaire du Kenya et âgée de 21ans.

Facebook: NYAR Afrika
Twitter: @NyarAfrika
Instagram: @beryl_opiyo

Initialement publié sur The Rustin Times.

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