Une Pride Africaine ?

Une Pride Africaine ? en Anglais

Le mois de Juin était le mois de la Pride LGBTIQ+ (aussi appelée fierté LGBT), un moment particulier pendant lequel le drapeau arc-en-ciel est brandi et les membres de la communauté LGBTIQ+ et leurs alliés paradent dans les rues pour célébrer les diversités sexuelles. Pour beaucoup, la Pride équivaut à des parades, des fêtes et des hommes accoutrés de toutes sortes.

De bien des façons, ce mois de festivités qui arrive juste après IDAHOBIT, la Journée Internationale Contre l’Homophobie, la Biphobie et la Transphobie célébrée le 17 Mai, est considéré comme une célébration Américaine parce qu’il commémore les Emeutes de Stonewall de 1969 qui ont eu lieu à New York City.

Peu importe l’origine, le mois de Juin est désormais considéré comme une période pendant laquelle le monde entier célèbre les droits et l’histoire des mouvements LGBTIQ+. Mais sur le continent Africain, qu’entend-on exactement par « fierté » ? Que signifie-t-il de célébrer des droits LGBTIQ+ lorsque ceux-ci ne sont presque jamais appliqués? Comment se fait-il que les célébrations soient partout pareilles alors que les réalités sont si profondément différentes ?

Quel sens donnez-vous à la Pride ? 

L’un des problèmes les plus perceptibles de la Pride est l’idée qu’elle devrait se manifester de la même manière peu importe les contextes dans lesquels elle a lieu. Ceci ne peut malheureusement pas être le cas puisqu’une lesbienne qui vit à Miami aux Etats-Unis et qui peut facilement accéder à Dinah Shore, les vacances de printemps des lesbiennes, a une perception bien différente de son existence qu’une femme vivant juste en dehors de Abuja au Nigéria.

Bien que le concept de la Pride soit lui-même vraisemblablement universel, l’on fait souvent valoir le fait que la plupart des acronymes, étiquettes et catégories qui apparaissent avec ce mouvement de sexualité moderne proviennent essentiellement de l’Occident. Nombreux sont ceux qui, sur le continent Africain, ont peur, ou ne désirent pas être associés à ce mouvement. Il y a donc lieu de se demander ce que ces gens penseraient des formes de célébrations plus « traditionnelles » de la Pride. Qu’en est-il lorsque votre existence n’a rien à voir avec des plumes, une marche tout en couleur et une fête si sensationnelle qu’elle pourrait rivaliser avec les festivités du Nouvel An ?

A ce jour, seuls trois pays Africains ont célébré la Pride au sens « traditionnel » du terme : l’Afrique du Sud, l’Ouganda et le Lesotho. Cependant, en dépit des différences de contextes, ces trois pays ont eu des célébrations plutôt similaires. Des festivités du type San Francisco Pride sont souvent perçues comme l’ultime objectif, différentes communautés essayant d’organiser leurs propres célébrations tout en imitant leurs homologues occidentaux.

Bien que pour beaucoup, la Pride prend son origine dans des notions similaires de visibilité et de proteste, il suffit d’examiner le cas de l’Afrique du Sud pour comprendre que les besoins dans cet espace en apparence festif peuvent différer. En Afrique du Sud, la Pride s’est vue divisée en plusieurs groupes, la ville de Johannesburg accueillant à elle seule trois différentes célébrations.

Pride et Contextes Africains

Une célébration de la Pride devrait prendre en compte non seulement le contexte national, mais aussi ce dont ses participants sont réellement fiers. Lors d’une discussion sur ce sujet, un homme queer de l’Afrique de l’Est déplora le fait qu’il y avait « beaucoup trop de copier-coller ». Son argument était que seules certaines personnes arrivaient à occuper ces espaces et que celles-ci pouvaient donc façonner la Pride à leur gré : « Un grand nombre d’activistes connus vont à l’étranger et reviennent en disant : ‘J’ai assisté à telle et telle Pride. C’était magnifique ! Il nous faudra procéder de la même manière. Et oui, nous aussi, il nous faut nous épanouir’ ».

A ceci s’ajoute le problème de statut social. Dans les communautés Africaines, ce n’est pas tout le monde qui peut se permettre d’assister à une Pride. Ce genre de visibilité demande du temps, de l’argent et du cran, surtout si votre communauté est un cadre restreint et intime où tout le monde se mêle des affaires de tout le monde.

Cette représentation limitée et ce déséquilibre des pouvoirs sont également accentués par qui finances ces célébrations. Lorsque l’argent de votre Pride vient de Berlin ou Washington, il va sans dire que certaines attentes pèsent sur le résultat final. De ce fait, il y a souvent très peu d’espace pour exprimer sa fierté de façon diverse et nuancée.

Il serait temps de repenser la façon dont la Pride pourrait se manifester dans différents espaces, en prenant en compte différences de contextes, niveaux de visibilité, considérations culturelles et facteurs socio-politiques. Aspirer à ce que la Pride soit une ‘marche-Mardi-Gras’ signifie non seulement que certains ne seront pas en mesure de s’y identifier ou d’y accéder, mais aussi que de telles célébrations ne révèleraient pas la vraie diversité des personnes LGBTIQ+ du monde.

Article publié pour la première fois sur This Is Africa.

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