Rester et s’en aller (At least she did not hit me – French translation)

This is a piece from our publication called Emergence download it  here. Here is the English version.

Par Ekuba

C’est le matin d’un Dimanche de Pâques et je ne suis pas nichée dans les bras de ma conjointe, rêvant d’œufs de Pâques au chocolat.

Je faufile les rues de Toronto dans le froid, à la recherche d’un endroit ouvert à cette heure indue. En tant que mangeuse compulsive, je me dirige naturellement vers un petit resto et commande un plat de frites et poulet frit bien qu’ayant nullement faim. Je m’en gave jusqu’à la nausée.

Pendant ce temps, les gens autour de moi évitent mon regard, manifestement mal à l’aise à cause des larmes qui coulent sur mon visage alors que je fourre frénétiquement la nourriture dans ma bouche. J’ai touché le fond.

Voilà, mes chères, ce que ça donne d’être dans une relation abusive. Vous aimez au point de vouloir rester, mais on vous fait si souvent mal qu’il vous faut partir.

Je lui avais payé un ticket de bus pour qu’elle me rende visite pendant les fêtes de Pâques, mais ce n’était pas avec gratitude qu’elle était arrivée chez moi. Elle était entrée dans mon appartement en me criant dessus, ce que mes colocataires avaient entendu. Elle m’avait traité de tous les noms pour ne pas avoir été à la gare lorsque son bus arriva – plus tôt que prévu figurez-vous bien!

Quand les insultes devinrent insupportables, je quittai la pièce en pleurs.

Le jour suivant, elle s’était excusée. Cependant, mon répit fut de courte durée car avant même que la journée ne s’achève, elle me reprochait d’être grosse et se plaignait du fait que je n’étais pas assez ordonnée. Cette nuit-là, alors qu’on se câlinait en regardant un film, elle me fit savoir qu’elle n’était plus sexuellement attirée par moi. Mon cœur s’était brisé en mille morceaux.

Je suis une avocate spécialisée en droits humain et j’ai aidé plusieurs femmes victime de violence à divorcer leurs conjoints. J’ai compati à leur douleur, je leurs ai tenu la main pendant qu’elles pleuraient, sans jamais vraiment comprendre pourquoi elles ne quittaient pas leurs conjoints.

#PourquoiJeSuisRestée

Parce que je l’aimais.

Parce que malgré tout, elle avait de bons cotés que j’aimais bien.

Parce qu’elle m’avait promis de faire mieux et je l’avais cru.

Parce que j’avais été victime d’abus sexuels étant enfant, alors mon amour propre n’était pas au plus haut.

Parce qu’au moins, elle ne me battait pas.

Jusqu’au jour où elle me bouscula violemment et m’arracha mon téléphone. Puis un autre jour où elle me fouetta avec mon propre soutien-gorge. Jusqu’au jour où je me suis finalement retrouvée à chercher en ligne un endroit où passer la nuit parce que j’avais peur qu’elle me batte encore.

Cela me peine qu’on ne parle pas assez de violence domestique au sein de notre communauté. Pourquoi ne remettons-nous pas en question le fait que, statistiquement, les relations queer souffrent beaucoup plus de cas de violence?

Pourquoi ne créons-nous pas d’espaces pour que les victimes de violence domestique puissent bénéficier de soutien?

Pourquoi est-ce que beaucoup d’entre nous tolèrent ce genre de violence d’une femme alors que nous n’aurions jamais accepté un tel comportement de la part d’un homme ?

Pourquoi ne parlons-nous pas du patriarcat présent dans notre communauté ?

Mon ex avait l’habitude de me parler de la façon dont, dans son pays, les lesbiennes féminines s’agenouillaient pour servir leurs conjointes masculines, de la même manière qu’il était culturellement requis des femmes à l’encontre de leurs époux. Le dysfonctionnement des relations hétérosexuelles avait tout simplement était reproduit dans la communauté queer.

Pourrait-on aussi arrêter de présumer que les lesbiennes féminines ne peuvent pas être violentes ? Serait-ce parce que nous les considérons comme faibles? Parfois, celle qui est physiquement plus faible est celle qui violente la plus forte.

Dans ma pratique, un des cas sur lequel j’ai eu à travailler impliquait un policier assez corpulent et souvent armé dont l’épouse, petite de taille, l’avait violenté à plusieurs reprises et lui avait même défoncé la tête avec une pierre au point de le faire saigner. Il aurait facilement pu la blessé, mais il ne l’avait pas fait. Il n’était tout simplement pas ce genre d’homme.

Ça allait de même pour mon ex. J’aurai pu la balancé de l’autre côté de la pièce telle une poupée de chiffon. Elle faisait à peine la moitié de mon poids. Mais je n’ai jamais levé la main sur elle quand elle était violente. Je n’étais pas ce genre de femme.

Si tu te retrouves dans une relation abusive, je ne te dirais pas de t’en aller sur le champ. Chérie, tout le monde t’a surement déjà demandé de le faire et crois-moi, si tu le voulais vraiment, tu te serais barrée il y a longtemps.

Tu t’en iras lorsque tu seras prête.

Tina Turner est resté avec Ike pendant vingt ans, même après qu’il lui ait cassé le nez et l’ait trompé à plusieurs reprises. Mais quand elle fut enfin prête, elle l’a quitté plus vite que l’éclair. De même, tu t’en iras un jour, quand tu seras prête.

Entre temps, aime-toi, sois douce avec toi-même. Passe du temps avec des gens qui t’aiment. Fais des activités qui te font plaisir. Développe une vie sociale en dehors de ta relation. Si tu crois en Dieu, prie. Lis des livres et regarde des films à propos de victimes d’abus domestique. Planifie un plan d’échappe en secret, de façon à ce qu’une fois prête, tu puisses t’en aller sans danger et sans jamais faire demi-tour.

Parle à quelqu’un de la violence dont tu es victime.

Et si vous avez une amie victime d’abus, s’il vous plait, ne lui dites jamais qu’elle doit absolument quitter sa relation. Il ne vous revient pas de donner des ultimatums. Dites-lui simplement que le comportement de sa conjointe est inacceptable et qu’il serait mieux pour elle de la quitter, mais ne la jugez pas et essayer de ne pas lui mettre la pression. Soutenez la, portez lui une oreille attentive, réconfortez la. Ne vous frustrez pas si elle rompt avec sa conjointe pour ensuite se remette avec elle. Tout ceci fait partie du processus.

Un jour, elle prendra la bonne décision. Parlez-lui des différentes options qui se présentent à elle si elle décide de quitter sa conjointe, y compris rester avec vous, si possible.

En ce qui me concerne, aujourd’hui est le jour où j’ai quitté ma relation.

Cela fait à peine 24 heures que je lui ai envoyé un texto pour y mettre fin, mais je me sens déjà toute nouvelle. Je suis consciente du fait qu’il y aura des hauts et des bas, mais pour l’instant, je choisis de chérir la nouvelle et libre personne que je suis. Je m’y prends pas à pas et je sais que sans tarder, le jour viendra où j’aurai parcouru des milliers de kilomètres sans même m’en rendre compte.

This appeared in our first publication Emergence. You can download the whole thing by clicking here.

 

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