Je ne savais pas…

par HomoSenegalensis

Cela fait maintenant plus d’un mois et la douleur est toujours aussi profonde. On dit que ces choses prennent du temps. Je m’étais naïvement dit que les choses deviendraient un peu plus faciles après un mois. Mais je ne savais pas. Je ne savais pas que la douleur s’empirerait avec le temps. Je ne savais pas que je te verrais dans les faits et gestes d’inconnus. Je ne savais pas que je pourrais t’entendre dans les rires de ma sœur à mes blagues bêtes. Les effluves des bains que nous avons pris l’habitude de prendre ensemble m’ont suivi jusqu’à Dakar et ont fait de ma petite salle de bain bleue leur demeure. Je ne savais pas que l’on pouvait sentir les souvenirs d’un amour perdu. Comment aurais-je pu savoir ?

Je ne savais pas que la musique que j’ai prise tant de plaisir à écouter cet été pouvait devenir douloureuse à entendre. Tu as laissé un petit mot dans mon cahier de musique. « Tu deviendras un guitariste incroyable. J’en suis sûre ». Les morceaux que j’avais pris tant de plaisir à jouer pour toi sont désormais douloureux à reproduire. Quand tu as suggéré que je donne ton nom à ma guitare, j’avais ri. L’idée m’avait paru charmante ; un peu narcissique, mais charmante tout de même. Ça me ferait un petit souvenir de toi, m’étais-je dit. A cette époque-là, je ne savais pas. Comment aurais-je pu savoir que soulever ma guitare deviendrait si pénible ?

Je ne savais pas que je viendrais à appréhender la nuit et son obscurité. Je ne savais pas que l’anxiété, la tristesse et le désir pouvaient avoir prise si forte sur le corps et l’esprit. Je ne savais pas que des souvenirs de toi me tiendraient éveillée si tard dans la nuit. Je ne savais pas que mon corps pouvait produire autant de larmes. Je suis devenue une experte en fabrication d’excuses merdiques pour mes yeux enflés. Décalage horaire. Pas assez dormi. Trop dormi. Allergies…
Ma famille ? Elle n’est pas au courant. Et je sais que je ne peux pas leur dire. Mais qui aurait pu se douter que le besoin de faire son coming out pouvait devenir si fort ?

Je ne savais pas que tu manquerais autant à mon corps. Je ne savais pas que mon mal de dos ramènerait des souvenirs de tes mains délicates massant tendrement mes muscles douloureux. Je m’endors désormais avec les bras autour de mon corps. Lui ne comprend pas encore pourquoi ; pourquoi tes caresses ne me bercent plus la nuit ; pourquoi tes lèvres ne déposent plus de baisers sur ma nuque. Je ne sais pas vraiment comment expliquer ton absence à mon corps. Comment aurais-je pu savoir que les parties de mon corps pouvaient avoir une mémoire qui leur est propre ?

La première fois que je t’ai rencontrée, je ne savais pas que je tomberais amoureuse de toi. Et quand je suis tombée amoureuse de toi, je ne m’imaginais pas que la séparation serait aussi difficile. Je ne savais pas que mon cœur était aussi fragile. Mais maintenant que je me retrouve à des milliers de kilomètres de toi, à ramasser les morceaux éparpillés de mon âme chagrinée, je réalise à quel point j’avais été naïve. Je ne savais pas que j’éprouverais le besoin de m’excuser. Pour être tombée amoureuse de toi. Et pour t’avoir laissé tomber amoureuse de moi. Je ne savais pas que l’amour ne pouvait être simple. Je n’avais pas réalisé que notre amour ne pouvait être, jusqu’à ce que toi et moi ne soyons plus. Et pour tout cela, je suis désolée.

Je ne suis pas sûre quelle différence cela aurait eu de savoir toutes ces choses. Je ne sais pas ce que j’aurais pu faire différemment. Tout ce que je sais est que je t’aime toujours et je souffre terriblement. Chaque jour, il devient de plus en plus évident qu’il n’y aura plus de ‘nous’. Plus de toi et moi. Juste le souvenir douloureux de deux âmes qui n’ont pas pu consumer leur amour à satiété.

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