Danser aux limites du sexe [Dancing On The Edges of Fucking]

Par Dyke Road

Au début je croyais qu’il n’y avait qu’une seule manière de baiser : la manière directe, où soit tu demandes à la personne avec qui tu voulais coucher si elle le voulait aussi, soit on te demandait. Plus tard, je me suis retrouvée dans des situations qui m’ont fait penser que baiser peut donner lieu aussi bien à des discordes qu’à de l’intimité. Une bataille entre des égos, qui peut donner l’impression qu’il doit nécessairement y avoir un vainqueur, ou du moins, quelqu’un qui a consenti à compromettre.

Si je crois que baiser doit être une affaire directe et sans détours, cela vient peut-être de ma première expérience en la matière. Le processus de me faire dépuceler a commencé par texto. J’ai demandé à un ami de confiance s’il voulait bien avoir l’honneur de s’en charger. Il a répondu par l’affirmative et nous nous sommes mis d’accord sur un samedi où j’irais chez lui pour faire le nécessaire. J’y suis allée comme prévue ; nous avons regardé des émissions de Formule 1 et bavardé. Il m’a montré un test VIH/MST récent et a sorti du lubrifiant KY.

Au moment voulu, il a commencé par un cunni. Puis il m’a laissée le chevaucher, pour que je puisse contrôler l’angle, la fréquence et la force de la pénétration. Cela a duré jusqu’à ce que je décide que j’avais compris de quoi il s’agissait ; j’ai alors dit calmement qu’il fallait arrêter, je me suis rhabillée et je suis rentrée chez moi.

J’ai trouvé cela intéressant de découvrir que ‘coucher sans complications’ n’est pas le mot d’ordre de toutes les femmes. Bien sûr on a le droit de redessiner ses propres limites en ce qui concerne le sexe. Cela peut se faire à tout moment car le consentement doit toujours être d’actualité.  De plus, avec le sexe, on ne sait pas forcément dès le début ce qu’on veut ou bien comment les choses vont se passer, ce qui n’est pas grave, parce que cela peut être une découverte, une aventure amusante. Cependant, après avoir eu quelques expériences qui n’étaient pas aussi appréciables, j’ai dû me demander s’il ne vaut pas mieux avoir certaines discussions à certains moments où il ne me semble pas que nous sommes sur le point de baiser.

À la femme qui ne voulait pas coucher avec moi parce que j’aurais été sa ‘première fois’ et elle ne voulait pas ‘la perdre’ avec quelqu’un si elle n’était pas dans une relation avec cette personne : tout cela m’aurait énormément aidé si nous avions eu cette discussion quand tu étais encore habillée. À tous mes anciens et anciennes potes qui n’ont pas le cran de me regarder dans les yeux quand on se voit dans un même cercle d’amis : vous m’aviez affirmé qu’on ne pourrait rester amis si on couchait ensemble ; êtes-vous satisfaits de savoir que cela est faux, vu que nous n’avons pas couché ensemble et que pourtant nous ne sommes pas restés amis ? Et enfin, à mon amie qui a gracieusement accepté de coucher avec moi tout en restant amie, je voudrais dire merci d’avoir renouvelé ma foi dans le principe du Sexe sans Conditions.

Alors voilà…

On a commencé par s’embrasser dans ton salon. Les premiers baisers étaient légers. Je te laissais m’embrasser pour découvrir comment tu aimais être embrassée. Ils continuaient, faciles et timides, comme si tu essayais de prendre tes marques, et mon esprit pouvait ainsi laisser libre cours à son imagination. Je me demandais ce qui allait se passer ensuite, si en fait j’avais eu trop de chance, si je devrais te baiser sur le sofa. J’essayais aussi de me souvenir si on pouvait nous voir à travers les vitres de tes fenêtres et ta porte.

J’ai dû arrêter de penser pour agir quand tes baisers m’ont indiqué que tu en voulais plus. Je me demandais ce que tu penserais de la manière dont je t’amènerais à l’orgasme. J’ai demandé si tu voulais aller dans ta chambre. Nous nous sommes étalées sur ton lit, toi en-dessous, moi au-dessus. Il m’a été facile d’enlever ta robe et tes sous-vêtements. En un clin d’œil, je me suis aussi débarrassée de mes propres vêtements. Je t’ai étendue sur le ventre et j’ai déposé des baisers sur ton dos, que je léchais et effleurais de mes dents jusqu’en bas, jusqu’à ce que je puisse, en te soulevant légèrement, passer ma tête sous ton corps et envelopper ton clitoris de ma langue. Je t’ai entendue gémir et j’ai cru que nous étions en route pour une nuit de passion. Je t’ai retournée sur ton dos pour mieux lécher ton sexe ; je voulais que mes doigts soient utiles pendant ce temps-là mais tu as refusé. Je me suis relevée, je t’ai embrassée et j’ai pris tes doigts pour te montrer comment j’aimais être baisée. Tu m’as dit que tu sentais ma chaleur tout en bas, et j’ai répondu qu’en moyenne, les vagins étaient effectivement « chauds ». Tu m’as bien baisée, si bien que j’ai commencé à avoir des doutes sur ton inexpérience. J’ai de nouveau essayé de te caresser, mais tu ne me l’a pas permis. Nos premiers orgasmes ensemble ne se sont jamais matérialisés, et j’en suis ressortie avec un sentiment de vide. N’avons-nous pas pu devenir amies parce que nous n’avons pas couché ensemble ?

Je demanderais à la femme que cela concerne si nous le pouvions. Je me demande ce qu’elle a pu ressentir, quand elle est venue passer la nuit chez moi en sachant que j’avais d’autres idées en tête. Est-ce qu’elle a senti ces frissons d’excitation passer entre nous quand elle s’est étendue derrière moi ? Il faisait assez chaud pour dormir nue mais je me suis couchée tout habillée pour ne pas l’alarmer. Combien de temps cette nuit-là a-t-elle passé, éveillée, attendant impatiente ? Est-ce que son cœur a failli s’arrêter quand je me suis retournée pour lui faire face, me rapprochant d’elle et déposant un baiser, non sur ses lèvres mais dans son cou ? Elle a réagi en parcourant mon corps de ses mains, ce que j’ai pris comme un bon signe, et je commençai à chercher à enlever ses sous-vêtements. Nous nous sommes enlacées, étreintes, de telle sorte que j’avais l’impression que nous allions naturellement coucher ensemble, mais elle a dit alors plusieurs choses intéressantes : elle était hétéro, elle ne couchait pas avec des femmes, et que nous ne devrions pas coucher ensemble parce qu’elle voulait qu’on soit amies.

Mais qui a dit que le sexe nous empêchait d’être amies ?

La première fois que ma dernière ‘meilleure amie’ en date et moi étions ensemble, nous n’avons pas été vraiment jusqu’au bout. C’était une situation bizarre, qui tournait autour de qui ferait l’amour à qui. Nous voulions chacune avoir le dessus dans les rapports de force, et au final, j’en étais tellement fatiguée que j’ai abandonné et dit que je voulais dormir. Mon dilemme était énorme : elle était nue et je pouvais sentir qu’elle mouillait déjà. Tout ce que je voulais, c’était lui brouter le minou, mais elle m’a dit qu’elle préférait donner dans ces situations et que donc il y avait des endroits où je ne pouvais pas aller. Je lui ai dit que j’aimais donner autant que recevoir – si on couchait ensemble, ce serait avec ces conditions-là. Au final, nous avons couché plus tard ensemble dans des conditions auxquelles j’étais davantage habituée. Elle m’a expliqué après que le 69 auquel j’avais pris tant de plaisir était quelque chose qu’elle n’avait jamais fait avec sa copine. Quand elle m’a demandé de noter sa performance, je lui ai écrit un email lui détaillant tout ce qu’elle aurait pu mieux faire. Elle a assimilé tout ça assez bien vu que la fois suivante, elle est limite arrivée à me couper le souffle quand elle m’a fait un cunni. Elle était arrivée dans ma chambre et m’avait dit que tout ce qu’elle voulait, c’était me faire jouir. J’ai décidé que ça me convenait. Elle m’a attirée vers le bord du lit, s’est agenouillée sur le sol et a mis son visage entre mes jambes. Je n’avais pas le droit de faire quoi que ce soit à part y prendre plaisir et essayer de ne pas attirer l’attention de nos potes qui étaient dans la pièce voisine.

À part baiser quand on en a l’occasion, nous nous parlons tous les jours et nous soutenons mutuellement, comme dans le cas d’une amitié ‘normale’. Ce que j’aime aussi, c’est que nous nous soutenons même quand il s’agit d’évaluer nos relations avec une autre femme à laquelle nous nous sommes attachées émotionnellement. Compliqué, vous trouvez ? Je ne pense pas. Pour moi, c’est juste un exemple de comment on peut coucher sans prise de tête.

J’écris ici au sujet de quelques expériences que j’ai pu avoir, où j’étais dans des situations-limite sur le plan sexuel, tout cela surtout pour dire qu’il ne faut pas laisser des négociations sans intérêt se mettre dans le chemin des joies du sexe. Au final, je voudrais inviter à réagir tous ceux qui se sont trouvés dans des situations similaires ou qui sont intrigués de voir comment le sexe peut provoquer autant de discorde.

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(traduction par Heloise)

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