Encore une autre lesbienne assassinée en Afrique du Sud [Another lesbian murder in South Africa]

Par Pamstar

Au cours des mois précédents, j’ai publié plusieurs articles de blog sur presque sept meurtres de personnes de la communauté LGBTI, et voilà que de nouveau je suis en train d’écrire au sujet d’un meurtre de plus d’une jeune lesbienne à Cape Town. Le matin du 10 novembre 2012, j’ai reçu un coup de fil de Ndumie Funda, la fondatrice et directrice de Lulekisizwe, un projet qui soigne, soutient et nourrit les femmes lesbiennes, bisexuelles et trans (LBT) dans les townships* qui sont des victimes et des survivantes des « viols correctifs ». Je l’avais vue la veille et nous avions parlé de la situation actuelle à laquelle est confrontée la communauté LGBTI à Cape Town, surtout dans les townships. Au téléphone, Funda avait l’air stressée, en état de choc, et elle m’a demandé de diffuser la nouvelle du meurtre de Sihle Skotshi (19 ans) qui était un membre actif de Lulekisizwe. Plus tard, j’ai retrouvé Funda et j’ai pu interviewer les deux survivantes de l’attaque qui étaient avec Sihle quand elle a été tuée.

L’attaque et le meurtre des victimes mentionnées ci-dessus sont survenus le 9 novembre 2012, vers onze heures du soir, à Cosovo, un bidonville à Phillipi, Cape Town. Les trois jeunes femmes étaient en train de boire dans un bar près de là ; elles se sont retrouvées sans argent pour acheter de l’alcool. Sihle (la jeune femme qui est morte) à demander à une de ses amies si elle pouvait lui emprunter 50 rands pour acheter davantage d’alcool; l’amie était d’accord mais elles devaient aller chercher l’argent chez l’amie qui habite pas très loin du bar où elles se trouvaient.

Les trois femmes sont sorties, laissant une autre amie qui avait également été victime d’un « viol correctif » il y avait un mois à peine. Elle n’avait en revanche pas fait de déposition auprès de la police et elle n’était pas allée non plus voir le médecin pour faire les tests de maladies sexuellement transmissibles ou de grossesse car elle avait peur que ses attaquants soient relâchés sous caution et s’en prennent à elle. En route pour aller chercher l’argent, elles ont croisé un homme qui les a saluées et qu’elles connaissaient. Sur le chemin du retour vers la taverne, elles ont été alors confrontées par un groupe de cinq hommes, peut-être davantage, qui les insultaient et leur ont dit : « Ayo ndawo yenu le, yindawo yamaVura » (ici, c’est pas chez vous, c’est le territoire d’amavura) (Amavura étant le gang connu et redouté dans la zone). Au milieu de l’attaque un des membres du gang a sorti une petite lance et a frappé Sihle en pleine poitrine. Une des amies de Sihle a essayé d’intervenir et elle a également reçu un coup de lance dans le bras gauche. Ceci est arrivé pendant que l’autre amie était repartie au bar en courant pour avertir celle qui était restée là-bas et trouver une voiture qui emmènerait Sihle à l’hôpital.

Sihle est morte à l’hôpital et selon l’amie qui était avec Sihle avant que cette dernière ne rende l’âme, les derniers mots de Sihle étaient : « Demande pardon à ma mère de ma part, et je vous aime tous. » Les survivantes avaient les larmes aux yeux pendant toute l’interview ; je voyais bien qu’elles étaient bouleversées par ce à quoi elles avaient assisté. Qui ne le serait pas ? Voir votre amie mourir devant vous n’est pas une blague, et l’idée que vous pourriez être la prochaine sur la liste des tueurs est assez pour terrifier n’importe qui. Rien que de les écouter me raconter l’histoire, j’étais ébranlée ; et le pire est qu’elles doivent retourner au même township où l’attaque a eu lieu ; elles vivent toutes seules et sont prises pour cibles par des homophobes qui les victimisent et les insultent. Écouter ces jeunes femmes, voir la peur qu’elles subissent – cela m’a brisé le cœur. Mais après tant d’années, même si l’homosexualité a été reconnue comme légale et comme un droit constitutionnel par le gouvernement, les homosexuels sont encore assassinés et violés – et ça, c’est complètement effarant.

Alors que je publiais les dernières nouvelles de l’affaire sur les réseaux sociaux, je savais déjà quel genre de commentaires j’allais recevoir: « qu’avons-nous fait pour mériter cela ? », « ces connards, pourquoi est-ce qu’ils nous assassinent ? », « il faut faire quelque chose, la situation ne fait que s’empirer », et ainsi de suite. Mais la réalité est que « nous » ne faisons jamais grand-chose, à moins de protester et de se lamenter sur les réseaux sociaux au sujet de ces crimes. Peut-être que nous devrions d’abord examiner notre propre situation : les activistes font leur part, mais qu’en est-il du reste de la communauté homosexuelle ? Réfléchissez-y : si nous assurons la cohésion de la communauté, si nous nous serrons les coudes dans cette lutte pour nous droits, peut-être alors que nous serions entendus et pris au sérieux. Ou peut-être que nous pourrions commencer par nous éduquer les un.e.s les autres sur les mesures de sécurité à prendre. Ces jeunes lesbiennes ont besoin de notre aide, et nous pouvons les aider en les guidant, en leur apportant un soutien et en leur enseignant comment se protéger. Alors la requête que je veux vous faire est la suivante : soutenons-nous les un.e.s les autres dans toutes les luttes pour notre liberté ; après tout, les activistes ne se battent pas seulement pour eux ou elles-mêmes, mais pour l’ensemble de la communauté homosexuelle. La moindre des choses à faire est de les soutenir et de les aider. Alors la prochaine fois que vous voyez parmi mes mises à jour Facebook des invitations à des marches, des ateliers et des journées de recherche, s’il vous plaît prenez-y part ; vous m’aiderez moi, mais pas seulement ; vous aiderez également vous-mêmes car les résultats peuvent être un pas de plus vers notre liberté. C’est un cliché de dire qu’on accomplit plus de choses plus rapidement par la répartition du travail ; pourtant, il n’y a rien de plus vrai. Pensez-y : si nous nous aidons mutuellement dans notre lutte pour notre liberté en tant qu’homosexuel.le.s, nous pourrions y arriver bien plus vite qu’on ne le pense.

Sihle était une jeune femme très chaleureuse pour ceux qui la connaissaient ; elle jouait au football, s’était récemment inscrite à l’université, et travaillait tout en économisant pour poursuivre ses études. Une autre jeune lesbienne vient de se faire assassiner, et si nous ne faisons rien au sujet de ces meurtres, autant se demander QUI SERA LA PROCHAINE VICTIME ?

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(traduction par Heloise)

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