Journal d’une Ghanéenne Queer : une découverte de soi et de l’amour [Diary of a Queer Ghanaian : finding myself and love]

par BOATENG BOATENG (traduction par Homosenegalensis)

J’ai grandi sans jamais vraiment me poser de question sur la sexualité. Petite, j’étais assez potelée et quelque chose me dit que si j’avais été exposée à ma sexualité plus tôt, je ne me serais jamais laissée aller de la sorte. Voyez-vous, je suis la seule fille de la famille, et en tant que fille parfaite, je sais ne pas décevoir.

Ma façon de voir les choses changea considérablement quand je commençai le lycée à 15ans. En effet, c’est à ce moment-là que j’entendis parler de la série télévisée  The ‘L’ Word pour la première fois. Maintenant que j’y repense, je crois que même à l’époque, l’idée d’être queer m’effrayait déjà un peu.

Voyez-vous, je correspondais parfaitement au stéréotype de la lesbienne.

Cependant, le problème était que l’on pouvait se faire expulsé si l’on était pris en flagrant délit.

Mais mon attirance pour les filles grandissait. Je me suis alors décidée à me mettre au sport. J’ai adhéré au corps des cadets, à l’équipe de foot et de basketball. Je perdis beaucoup de poids. Alors, je commençais à poursuivre les filles qui m’intéressaient, mais me faisais rejeter à chaque fois. Non pas parce que je n’étais pas attirante, non. J’étais très sure de moi sur ce plan : j’étais attirante et j’en étais consciente.

Le problème était plutôt qu’elles étaient toutes hétéro.

Je voulais bien m’associer au groupe de lesbiennes du l’école. Mais aucune d’entre elles ne m’intéressait vraiment.

Et c’est ainsi que je me rendis compte du pétrin dans lequel je m’étais fourrée : les filles hétéro m’attiraient, et cela dans le monde gay, était une catastrophe.

En 2010, je réussissais enfin à avoir la fille que je désirais depuis si longtemps. Et il y eut beaucoup de sexe dans notre relation. Malheureusement pour moi, en 2013, notre aventure prit fin comme il est de coutume avec les filles hétéro: elle avait déjà un copain, et même si elle m’aimait bien, elle ne pouvait choisir une fille à un garçon.

J’étais tellement dévastée que je pris la décision d’arrêter de courir après les femmes.

En Mai 2014, je fis la connaissance d’une femme en ligne. Elle incarnait tout ce que je désirais en une femme. Belle, mature, sexy, intelligente, un tantinet insolente, drôle, l’esprit vif, enfin vous voyez le genre. Je réussissais à avoir ses coordonnées avec un message Instagram, et on sympathisait sur le coup.

Pour quelqu’un comme moi, ceci était trop beau pour être vrai. Elle était ghanéenne, mais avait vécu aux Etats-Unis pour la majeure partie de sa vie, et n’avait aucune intention de revenir au pays.

Au début, son amitié était la seule chose qui m’intéressait. Elle était quelqu’un à qui je pouvais parler librement, sans avoir à éviter les sujets liés à la sexualité ; quelqu’un avec qui je pouvais vraiment partager mes opinions quant à l’homosexualité ; quelqu’un à qui je pouvais m’ouvrir. Et elle s’avérait être tout cela.

Je chérissais chacun de nos messages, chacun de nos appels.

Et ce qui devait arriver arriva : je suis tombée amoureuse d’elle.

Déjà, quand on commençait à faire connaissance, son ex-copine et elle essayaient d’arranger les choses. Elles se sont remises ensemble peu de temps plus tard, et sont désormais dans une relation heureuse.

Il y a eu des fois où sa copine répondait à mes messages. Elle me menaçait de les laisser tranquilles, mais j’étais trop têtue pour faire marche arrière. Et pourtant, elles étaient bel et bien ensemble ; et même si cela me faisait mal de l’admettre, je ne pouvais rien y faire. Je n’étais qu’une étudiante, issue de famille modeste, qui était tombée amoureuse d’une femme qui avait déjà son master et qui vivait aux Etats-Unis avec sa copine. Je suis peut-être en plein délire mais quelque chose me dit que ça marchera un jour entre nous.

J’sais pas trop vous, mais je fais confiance à mon instinct.

Nous ne communiquons plus cela fait bientôt un mois. J’imagine qu’elle a pris elle-même la décision de mettre un terme à tout ceci, et je ne lui en veux pas.

Je l’aime toujours.

Des 22ans que j’ai passés sur cette terre, je n’ai jamais aimé personne de la sorte. Peut-être qu’il n’y a jamais vraiment eu quoi que ce soit entre nous, mais me convaincre du contraire me permet d’avancer. C’est peut être injuste pour sa copine mais c’est la réalité : je rêve sans cesse de la lui enlever, et de la garder pour moi.

Ainsi va le dilemme d’être queer au Ghana.

*leave a comment on the post, you can write it under a different name and your email will not be published.*

Plus en Francais

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *