Célibataire, belle et blasée [The Single, the Jaded, and the Beautiful]

Par Blacqueer/@blacqqueer

Tu connais ça, ce sentiment que tu as quand tu marches dans la rue, en chemise et cravate (ou jeans slim, tennis et casquette de sport vintage), et que tu te sens observée par un groupe d’hommes qui sont vénères parce que tu as le culot d’être toi-même devant eux ?

Tu connais ça, ce sentiment de colère (peut-être même de peur) et d’indignation que tu ressens si, par exemple, un de ces hommes te hurle des obscénités quand tu passes devant eux ? S’ils font des remarques méprisantes à portée de voix ?

Maintenant, pense à ce sentiment qui compense tout et que tu as par exemple quand, alors que tu passes devant cette bande de brutes misogynes enragées, ton esprit revient à ton appartement où ton exquise chère et tendre est étendue au milieu de draps froissés après la nuit de passion que tu lui as donnée.

Ou ce sentiment qui te vient quand ton portable vibre dans ta poche, et que tu reçois un sms de ta chérie qui te dit que tu lui manques et qui te rappelle à elle – « reviens… vite ». Tu le connais, n’est-ce pas ?

Ce calme qui doucement te submerge au cœur de l’homophobie dramatique qui t’entoure alors que tu penses à comment tu as réussi, dans ce monde rempli de tant de haine, à te créer un sanctuaire d’amour, de confort et de félicité. Ah, quelle joie… Mais qu’est-ce qui arrive alors quand tu passes devant cette bande haineuse de connards et que tu n’as aucun doux souvenir de la veille sur lequel compter comme consolation ?

Qu’est-ce qui se passe quand le téléphone reste silencieux dans la poche et qu’il n’y a rien pour faire barrage à la haine ? Oui, c’est à vous tous, les  célibataires du monde entier comme moi, que je m’adresse. Et laissez-moi m’éloigner du scénario des homophobes dans la rue (une simple ruse pour attirer votre attention en fait) pour parler du plaisir général qu’on prend à être dans une relation, par rapport à la morne solitude de la célibataire.

En fait, au-delà d’une simple source de réconfort devant les épreuves de la vie, les relations amoureuses semblent offrir à beaucoup de studsboisdomsfems, et de gens en général une pointe de confiance qu’ils n’auraient pas en général. Tu te sens bien mieux dans ta peau quand tu as juste réussi à trouver le bon ou la bonne partenaire. Tes qualités et tes points forts – tous sont magnifiés, amplifiés, célébrés. Tu es infaillible. Et même quand tu ne l’es pas, tu arrives quand même à retenir la loyauté et l’affection de ta moitié. Le monde est bien plus facile à naviguer. Tes plus grands adversaires te paraissent des enfants quand tu as un être aimé à tes côtés. Tu te sens sexy. Tu connais la valeur de ton intelligence. Tu te sens drôle. Tu connais ton pouvoir de séduction, tu te sens accessible. On peut t’aimer et te désirer ; tu t’en sens digne. Tu te sens nécessaire. EN VIE.

Et pourtant, une fois que tu es célibataire, TOUT cela s’effondre. Bien sûr, les premières nuits après la rupture, tes meilleurs potes se rallient autour de toi et tu es capable de te perdre, de fête en fête, de sortie en sortie. L’alcool et l’amusement réussissent à distraire ton esprit, lui faire oublier que ton estime de toi est en chute libre. Mais dès que tu rentres chez toi et que tu te retrouves dans cet appartement vide, dans ce lit froid : Tout. S’effondre. Soudain, tu n’as plus autant confiance en quoi que ce soit. Tu oublies pourquoi on voudrait être avec toi. Tu n’as plus l’impression d’être infaillible. D’ailleurs, tu sens même que tu as tout faux. Tes faiblesses et tes travers t’apparaissent soudain en pleine lumière. Tu perds de vue tout ce que tu as pu réussir jusque-là. Même tes plus grands succès. Tu as l’impression que le monde est sur le point de t’avaler. Et tu te rends soudain compte à quel point tu es vulnérable devant l’échec, la souffrance et la douleur. Dis « amen » tout bas si tu sais de quoi je parle. Sinon, t’as eu un sacré coup de chance et j’ai plus rien à voir avec toi (je plaisante ! je suis contente de voir à quel point c’est le bonheur dans ta vie, bébé).

Mais sans blaguer: ces sentiments de découragement sont exacerbés si tu fais en plus partie d’une minorité dans la société. Surtout d’une minorité queer. Et en plus, surtout si tu es une personne queer de couleur. Qui n’est pas connue. Une personne qui assume son homosexualité, qui en est fière, mais qui n’a pas nécessairement la sécurité socio-économique ou le soutien politique pour que ça lui soit facile d’assumer fièrement qui elle est. Pour beaucoup de gens queer de couleur, nos relations amoureuses sont notre première source de réconfort, d’amour, d’affection, de douceur ou d’épanouissement.

Nous comptons sur nos partenaires pour nous guérir quand le monde hostile extérieur nous fait souffrir (que ce soit au travail à cause de discriminations, en public à cause de l’ignorance, ou même au sein de nos familles de sang qui nous rejettent à cause de notre identité). En dehors de nos amitiés, nos relations amoureuses, romantiques et sexuelles sont nos seuls sanctuaires du reste du monde. Et sans elles, eh bien… nous avons l’impression que nous n’avons plus rien.

En fait, puisque je suis le genre de Femme (womynqueer de couleur qui n’a jamais été célibataire pendant plus d’un mois depuis que j’ai commencé à sortir avec quelqu’un, je sais par expérience à quel point cela peut être l’enfer d’être célibataire. Et c’est quelque chose que j’ai récemment dû combattre et analyser en profondeur après avoir décidé de rester célibataire après neuf mois de l’enfer que je viens de décrire.

Soudain je me suis rendu compte que je n’avais aucun moyen de me définir ou de me décrire comme personne queer de couleur en dehors du contexte d’une relation. Ainsi, je me suis attribué certaines étiquettes ou caractéristiques selon l’identité de la personne avec qui j’étais dans une relation à un moment donné. Je n’ai jamais vu ma valeur qu’à travers les yeux de mon/ma partenaire. Et quand ce dernier/cette dernière me trompait ou me quittait, pour n’importe quelle raison, je cherchais simplement quelqu’un d’autre. Et ceci était devenu la norme pour moi jusqu’à ce que je m’enfonce dans mon bagage émotionnel parce qu’on m’avait brisé le cœur 5 ou 7 fois de trop.

J’ai perdu mes illusions avec cette idée d’ « amour de sa vie », et j’ai perdu complètement de vue toute valeur, toute dignité que je pensais avoir. Je suis devenue incroyablement énervée devant la superficialité des gens queer qui m’entouraient. Des gens qui me plantaient toujours pour quelqu’un d’autre qui était toujours plus beau/belle, plus fem ou plus stud, plus drôle, avec plus intelligent/e, etc. Je me suis juré de ne plus jamais tomber amoureuse et d’apprendre comment ne compter que sur moi-même pour développer un sentiment d’estime de soi et de force intérieure en tant que personne queer de couleur dans un monde qui est largement biaisé contre les personnes queer de couleur. Et je pense que cette toute dernière partie est devenue le seul rayon de lumière dans ma situation assez misérable.

Je pense que c’était une sorte de bénédiction pour moi de traverser toutes les relations « ratées » que j’ai pu avoir et, à la suite, de commencer à naviguer le monde plutôt effrayant d’être queer et célibataire. À présent, je ne crois plus aux relations ratées ; je crois que les gens viennent dans notre vie pour nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes. Cela m’a forcée à apprendre comment définir qui j’étais dans mes propres termes. Cela m’a forcée à apprendre comment me montrer l’amour et le support qui, pensais-je, ne pouvaient me venir que d’une ou d’une partenaire. Cela m’a forcée à apprendre comment être fière et sans crainte devant la discrimination et l’adversité.

N’est-ce pas étrange que j’aie eu la belle révélation que j’étais bien en route pour devenir une stud aiment les studs alors que j’étais célibataire ? N’est-ce pas étrange que j’aie découvert à quel point c’est merveilleux  de s’accepter, s’apprécier, s’admirer et se respecter soi-même en analysant comment j’avais été traitée auparavant et en jurant de me traiter bien mieux dorénavant ? Et n’est-ce pas magnifiquement étrange que j’aie appris à être passionnément fière de mon identité en dépit de la discrimination croissante à laquelle je fais face parce que je prenais de plus en plus l’apparence de mon moi véritable et que j’assumais de plus en plus ma réalité ?

Cela peut sembler incroyable, mais être célibataire m’a ouverte en me brisant, et m’a obligée à apprendre tant de choses sur moi-même que je peux désormais dire avec assurance que je n’ai plus peur d’être célibataire, que je ne vois plus cela comme une situation infernale. Ne vous méprenez pas pourtant : je crois encore à la nécessité de la douceur de l’amour et de l’amitié. Et, assez bizarrement, je suis bien plus optimiste en ce qui concerne l’amour maintenant que j’ai eu du temps pour apprendre à m’adorer de manière positive. Alors, à tous ceux et toutes celles qui sont en train de souffrir à cause d’un chagrin d’amour, qui se font un sang d’encre à cause du stress et de la solitude : vous avez beau être blasés/blasées et célibataires, vous restez quand même magnifiques par tant de côtés et je vous suggère de faire une pause (dans le Grand Jeu) pour apprendre à accepter cela, l’encourage et l’apprécier.

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Twitter: @blacqqueer and Facebook: Mercy Medusa Minah

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